Ordures ordinaires

Résumé du premier épisode : Lis l’investigatrice, Senn la Vaporeuse et Moi-même l’Importé déambulions paisiblement de poubelle en poubelle dans les rues de Rennes, à la recherche de la denrée créatrice. Tout était calme, jusqu’à ce que nous repérions une grosse benne à ordure Place St Anne.

Le(s) Auteur(s)

Tristan Héral

Nous avons roulé nos billes orbitales une bonne quinzaine de fois dans un sens puis dans un autre. Nous avons échangé un furtif regard de complicité. Puis dans un hip hip hip hourra triomphant mais silencieux nous avons reculé de quelques mètres.

Il faut savoir que la benne à ordure est un vrai mastodonte aux mœurs plutôt violents, que je suis musclé comme une tringle à rideau et que mes compagnons de route ne sont que deux ravissantes et frêles jeunes filles.

Une fois planqués derrière un pan de mur croulant, nous avons commencé à comploter. « Il faut échafauder un plan, proposa Lis en faisant grincer ses lames l’une sur l’autre. » « Enfin un peu d’action, jubila Senn. » J’ai alors proposé une bonne quinzaine de plans aussi scabreux les uns que les autres sans rapport implicite avec l’objet ciblé, tel que traverser le Sahara en rollers… aller voir Mère Grand… acheter de nouvelles mèches pour notre lampe à huile qui à priori en manquait… courir nu sur les toits de Rennes… puis les filles ont décidé que pendant que je parlementerais avec la bête, elles passeraient par derrière et zoup.

J’ai bien essayé de protester mais au bout de quelques secondes à court d’arguments, j’ai décidé de prouver que l’intuition féminine était bien plus qu’une légende puis ensuite… j’ai prétexté qu’étant le seul homme de notre équipé chevaleresque il était de mon devoir de braver la mort.

Les filles se glissaient déjà dans des positions stratégiques. Alors, après m’être éclairci la gorge, je me suis approché de la benne en tremblant de tout mon corps et lorsque je ne fus qu’à quelques mètres d’elle, j’ai manqué de défaillir tant son haleine était putride.

Ne trouvant rien de mieux à formuler en guise d’introduction, j’ai balancé : « Bonjour, Madame la Benne, je suis venu vous apporter du dentifrice, cela vous permettra de sentir bon et ainsi de mieux vous sentir mieux dans votre peau car une haleine bien fraîche… » et je n’ai pas pu terminer, je ne sais pas si je l’avais vexée ou si elle agissait toujours de la sorte mais une chose est sûre : elle me chargeait. Lassant mes pompes à mes oreilles, j’ai déguerpi en hurlant « Mamannnnnnn ! »

Je n’ai pas pu courir longtemps, à quelques mètres seulement un panneau sens interdit m’avait tendu une embuscade. Il cogna si fort sur mon crâne que je me suis évanoui sur le coup ; et ma dernière pensée fut « Sale lâche, j’aurais ta peau !! ».

Alors que je frisais la mort, corps étalé offert en festin à notre monstre des ordures, les filles se jetèrent sur lui, Senn lui coupa les deux pattes arrières, pendant que Lis, après une course rapide et un bond voltigeur, plantait son sabre dans la gorge de la bête. C’était vraiment une scène épouvantable. La bête hurlait. Son sang giclait dans tous les sens. L’odeur de son haleine, mêlée à celle de sa chair et à celle des relents de Kébab et autres stupéfiants inhérents à la Place St Anne, était intolérable… et les filles charcutaient, charcutaient… acclamées par une horde de maraudeurs ivres morts.

Moi, je n’ai rien vu de tout cela, heureusement car je suis une petite nature, et pendant ce temps-là je planais paisible, profitant de ce que je pensais être mes derniers instants de vie à imaginer la denrée créatrice, source de nos recherches, symbole d’un avenir meilleur, à quoi pouvait-t-elle bien ressembler ?

Lorsque j’ai repris connaissance, la bête gisait sur le sol, morte ; autour d’elle des feux de camps et une fête fabuleuse organisée par les gens de la rue avait comblé l’espace entre les filles et moi. Des cracheurs de feux, des djembés, plein de punks et d’étudiants main dans la main chantant La Carmagnole. Avec difficulté, je me suis levé, mais avant de prendre part à cette mascarade et d’aider les filles à fouiller les entrailles gluantes du monstre j’avais un compte personnel à régler avec le panneau. Je me suis jeté sur lui en hurlant « sus au sens interdit ». Mon cri de combat a dû interpeler quelques âmes guerrières car je fus rejoint par quelques fêtards et ensemble nous avons arraché le panneau blanc et rouge en hurlant « Il est interdit d’interdire !!! » Y’a même un punk qui s’est mis à hurler à la foule que nous devions continuer à élimer nos chaînes, et qui accompagné par d’autres s’est mis à détruire tous les panneaux de la place.

Tant bien que mal, j’ai rejoint les filles près de la carcasse, Senn tenait à la main un bien étrange objet. Lis me fit un large sourire et cria, « allons-y avant que la milice ne se mêle à la fête et tire dans la masse. »

Nous avons couru une bonne dizaine de minutes afin de nous réfugier sous le porche de la poste centrale, et là j’ai demandé à Senn à quoi servait l’objet bizarre qu’elle portait à la main. Ni elle, ni Lis ne savaient précisément, mais toutes deux étaient persuadées que cela avait un rapport avec notre quête.

D’un commun accord, nous avons décidé d’aller consulter notre ami Vir Le Gill dans sa tour à Volga.

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