Feu les bancs avant qu’ils ne brûlent
« Les gens qui voient de travers
pensent que les bancs verts
qu’on voit sur les trottoirs
sont fait pour les impotents ou les ventripotents,
mais c’est une absurdité car à la vérité
ils sont là c’est notoire,
pour accueillir quelques temps les amours débutants »

N’en déplaise à George Brassens, les bancs publics invitent le passant à se reposer, permettent des activités diverses comme attendre quelqu’un, téléphoner, manger, lire, rêvasser, prendre le soleil, discuter... être assis seul ou à plusieurs, il autorise la rencontre, il permet la halte dans le flux. Laisser passer les hommes pressés. Ils participent de ce fait à l’espace public, et à la fonction de « place », lieu de halte et de flux. Sans bancs, deux possibilités : soit le flux ne s’interrompt plus, soit le mobilier urbain annexe est détourné de son usage premier pour en faire un repose-séant bien mérité.
La ville de Rennes le sait-elle ? Fin octobre, alors que les jeunes se disputent avec les policiers, ou que les policiers se chamaillent avec les jeunes, les 12 bancs de la place Sainte-Anne sont dé-posés à la demande des forces de l’ordre pour « assurer la sécurité publique sur cette place [1] ». D’abord assurer la sécurité mentale des passants qui consomment et qui votent, en éloignant de leur vue les « différents ». Et aujourd’hui, faire circuler le canon à eau, faire progresser en rang serré les fronts policiers, empêcher les barricades... stratégie militaire ? Haussmann au XIXème siècle n’avait pas fait mieux, à la demande de Napoléon Bonaparte !
La sécurité publique du troisième et du quatrième âge est-elle assurée, quand, après une matinée au marché, ils s’en retournent dans leur logis, le cabas rempli de poireaux et des fleurs de saison, sans pouvoir se permettre une pause ? C’est presque la chute assurée ! Bien sûr, ils peuvent se connecter et en deux clics faire venir un géant de la distribution chez eux. Plus besoin de sortir, plus besoin d’espace public !
On pense à tout. Mais les amoureux, où vont-ils se bécoter ? L’histoire et la sociologie se résument bien à travers le sort des bancs publics... D’abord généreux, ils ont dû ensuite répondre à certains critères techniques : anti-vieillissement, anti-feu, anti-tags, anti-vandalisme, anti-sieste, anti-SDF, anti-groupe, et aujourd’hui nouvelle formule : anti-bancs ? Comme sur la photo, difficile de rester trop longtemps, c’est le temps du « fast-seat » !
[1] Réponse donnée par courrier du 2 février 2005, par Eric BERROCHE, adjoint au maire délégué à la Direction des rues - Gestion du domaine public.